Appel étudiant

Nous, étudiant⋅e⋅s en 2019, dressons le constat suivant : malgré la nécessité urgente de réduire nos émissions de gaz à effet de serre pour préserver le vivant et l’habitabilité sur la planète, les choix des grandes banques françaises nous mènent droit vers une accélération toujours plus rapide du réchauffement climatique.

Alors que la température moyenne a déjà augmenté de +1°C depuis la fin du 19ème siècle en France, les conclusions du rapport du GIEC d’octobre 2018 ont été sans appel sur la nécessité de limiter le réchauffement à +1,5°C(1). Il est aussi précisé que des efforts urgents, sans précédent, sont à mettre en oeuvre. Cet objectif exige de laisser la grande majorité des réserves d’énergies fossiles dans le sol : nous devons dès aujourd’hui cesser l’expansion des industries du charbon, du pétrole et du gaz et en planifier la sortie totale d’ici 2050(2).

Les banques prêtent et gèrent des centaines de milliards d’euros chaque année et, par leurs décisions de financement et d’investissement, elles choisissent pour nous les projets qui auront ou n’auront pas lieu. Deux options s’offrent à elles : poursuivre la trajectoire destructrice de nos sociétés, investir dans l’industrie de l’armement, l’industrie fossile ou l’agrobusiness ; ou bien participer à la construction d’une société soutenable, favoriser les agricultures locales et résilientes, les énergies renouvelables, l’économie sociale et solidaire, les mobilités douces, etc.

En France, les grandes banques telles que BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole ou Banque Populaire Caisse d’Epargne font le choix de la première option en rendant possible, par leur soutien, des projets aux impacts sociaux et environnementaux désastreux. Sous la couche de verni vert qu’appliquent ces multinationales, les chiffres ne trompent pas : pour 10 euros de financement de ces banques dans le domaine de l’énergie, 7 euros vont aux énergies fossiles, contre 2 euros seulement aux renouvelables(3). Alors que la communauté scientifique indique noir sur blanc de laisser les énergies fossiles dans le sol, les grandes banques continuent de soutenir l’expansion constante des secteurs du charbon, du pétrole et du gaz. 

Or, nous, étudiant·e·es et futur⋅e⋅s travailleur⋅euse⋅s, constituons un vivier de client⋅e⋅s essentiel pour les banques climaticides, qui déploient de véritables campagnes de séduction dans nos établissements. En multipliant les partenariats avec nos administrations et associations étudiantes, en se déplaçant sur nos campus pour nous attirer via des dons en échange d’une ouverture de compte et en sponsorisant notre vie étudiante, elles gagnent chaque année des milliers de nouveaux et nouvelles client⋅e⋅s à hauts revenus potentiels. 

L’action des banques conditionne notre capacité à éviter les conséquences les plus dramatiques de l’emballement climatique, mais cette situation n’est pas une fatalité. Il existe des institutions financières, qui financent des projets à impact social ou environnemental positif. En tant qu’étudiant⋅e⋅s et associations étudiantes, nous pouvons choisir où placer notre argent et avec quels acteurs établir des partenariats. Nous refuserons désormais de collaborer avec les banques qui participent aux changements climatiques et à la dégradation des milieux naturels. Nous nous engageons à ne pas avoir recours à leurs services et à nous tourner vers les banques que nous estimerons à la hauteur de l’urgence environnementale actuelle.

Nous souhaitons, par notre mobilisation, inciter tous les acteurs de la société – les banques, les pouvoirs publics, les entreprises, les associations et les particuliers – à mener les changements nécessaires pour financer, non plus la destruction du vivant, mais la construction d’une société soutenable et désirable.

  1. IPCC, 2018: Summary for Policymakers. In: Global Warming of 1.5°C. An IPCC Special Report on the impacts of global warming of 1.5°C above pre-industrial levels and related global greenhouse gas emission pathways, in the context of strengthening the global response to the threat of climate change, sustainable development, and efforts to eradicate poverty [Masson-Delmotte, V., P. Zhai, H.-O. Pörtner, D. Roberts, J. Skea, P.R. Shukla, A. Pirani, W. Moufouma-Okia, C. Péan, R. Pidcock, S. Connors, J.B.R. Matthews, Y. Chen, X. Zhou, M.I. Gomis, E. Lonnoy, T. Maycock, M. Tignor, and T. Waterfield (eds.)]. World Meteorological Organization, Geneva, Switzerland.   (https://www.ipcc.ch/sr15/chapter/spm/spm-introduction/)
  2. MCGLADE, Christophe et EKINS, Paul. The geographical distribution of fossil fuels unused when limiting global warming to 2 C. Nature, 2015, vol. 517, no 7533, p. 187.
  3. Le dernier euro concerne les financements aux « autres » énergies. Oxfam France, 2018 : Banques françaises : les fossiles raflent la mise. (https://www.oxfamfrance.org/wp-content/uploads/2018/11/BanquesFrancaises_Fossiles_Nov2018.pdf)

SIGNER L’APPEL


Associations signataires

Le 5 novembre 2019




Ingénieur-e-s Engagé-e-s Belfort-Montbéliard

ICAM


Qui sommes-nous ? 

Le collectif “Bouge tes sous” est un groupe d’étudiants qui s’est constitué en début d’année 2019, dans le but à l’origine était d’encourager un maximum de BDE à mettre fin à leur partenariat avec des banques climaticides. Nous avons mené une enquête sur les différentes formes de partenariats établis entre les grandes banques et nos associations étudiantes (BDE, JE, BDS, etc.) et nous avons commencé à chercher des alternatives possibles notamment à travers des discussions avec des BDE et avec des banques plus responsables.